world-distribution-weighted-thumbMapping the Global Muslim PopulationPew Research Center, 200SPECIAL 9

Où sont les musulmans ?

Dans la carte ci-dessus, la surface de chaque pays est proportionnelle à sa population musulmane.

Attention ! Les chiffres datent de 2009 et donnent le nombre de musulmans par pays et non leur population totale : en Inde, les 161 millions de musulmans ne font que 15 % de la population du pays. Bien sûr ces chiffres sont des estimations, ils sont probablement en légère hausse aujourd’hui.

Cette carte nous dit que les musulmans sont d’abord en Asie et ne sont pas arabes. Ce sont d’abord en effet les géants asiatiques qui dominent : Indonésie, Bangladesh, Inde et Pakistan. Le premier pays arabe, l’Égypte, est loin derrière avec 79 millions de musulmans, auxquels il faut ajouter 8 à 10 millions de coptes, et est au même niveau que l’Iran, la Turquie et le Nigéria qui ne sont pas arabes. Les autres pays comptent peu. Et la diaspora est encore très faible, notamment aux États-Unis.

Il y a des islamistes et des salafistes dans tous les pays, notamment grâce aux liens financiers avec le wahhabisme, mais ils sont nettement moins fréquents à l’est du Pakistan, où les élections, en général de bonne qualité, ont montré qu’ils étaient très minoritaires.

Syrie : accord Turquie-Qatar-Arabie, suite

Après les progrès militaires du régime de Bachar et surtout de ses alliés (Iran et Hebzbollah) entre le printemps 2013 et l’automne 2014, on constate un net recul.

Une nouvelle alliance militaire, Jaish Al-Fatah (Armée de la conquête), regroupant des combattants djihadistes, salafistes et proches des Frères musulmans, s’est emparée de la plus grande partie de la province d’Idlib, dans le nord de la Syrie, à la frontière avec la Turquie. Cela suppose des arrivées d’armes et d’argent et serait une concrétisation du pacte entre l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie, tous hostiles à Damas.

C’est une illustration de la diplomatie active du nouveau roi d’Arabie Salman pour contrer l’Iran, comme il le fait au Yémen. Ce serait maintenant son axe principal en remplacement de la lutte contre les Frères Musulmans, auxquels la Turquie est favorable. Logiquement, cela sous-entendrait une moindre proximité entre l’Arabie et l’Égypte, pour qui les Frères restent l’ennemi numéro un. Mais la logique, dans cette région …

Les épisodes précédents montrent qu’il faut rester prudent tant sur les causes que sur les conséquences de cette nouvelle péripétie. Notamment pour ce qui concerne l’EI …

Pendant ce temps-là, dans un Maroc plus calme

L’agitation moyen-orientale a des répercussions, certes atténuées, au Maroc où le gouvernement est une coalition entre le PJD (Parti de la Justice et du développement, islamiste), chef de file, et d’autres partis dont le PPS (Parti du Progrès et du Socialisme). Ces partis s’opposent sur les libertés, les mœurs et les langues.

Le PPS souhaite une légalisation de l’avortement, la suppression de la polygamie et un code pénal ne prévoyant pas de « renforcement des peines en cas de rupture du jeûne en public pendant le ramadan » ni « l’interdiction des rapports sexuels hors mariage » comme demandé par le PJD. Inversement les islamistes demandent l’assouplissement des peines pour crime d’honneur. Je rappelle que le roi est l’autorité suprême, politiquement mais aussi religieusement.

Le débat continue sur les langues d’enseignement. Certains membres du Conseil supérieur de l’éducation auraient évoqué la refrancisation des matières scientifiques et l’introduction de la darija (langue maternelle hors des zones berbères) dans l’enseignement, déclenchant une réaction du premier ministre islamiste : voir à ce propos  l’article « Benkirane considère que la darija constituerait un danger « pour le trône » et mon commentaire.

Ce Conseil a finalement « préconisé (le maintien de) l’apprentissage en arabe classique, sans toutefois négliger la langue française. Il a également mis l’accent sur la nécessité de donner toute sa place à l’amazigh (berbère, mais lequel ?), sous forme d’initiation orale durant les deux premières années du primaire, puis d’apprentissage de l’écriture amazighe (Tifinagh) dès le CE3. La langue anglaise, elle, devra être enseignée dès la quatrième année du primaire. » Cette rédaction fait soupçonner un compromis difficile.

Juridiquement, l’arabe classique est la langue officielle tandis que le français et l’anglais sont des langues étrangères et que les langues berbères sont (en principe) enseignées même aux non berbérophones, ce qui introduit un troisième alphabet dans l’enseignement primaire, le tifinagh, en plus des alphabets latins et arabes. Des raisons de principe et historiques expliquent cette situation, bien que l’arabe classique ne soit pas la langue maternelle des élèves, étant au mieux écrit mais jamais parlé en dehors de circonstances solennelles, et que le français soit d’usage courant, en particulier pour la plus grande partie de l’emploi formel, de l’enseignement supérieur (après le report d’une demande d’anglicisation) et du secteur public. Certains Marocains estiment donc que le système actuel est non seulement compliqué pour les élèves mais aussi décalé par rapport à la réalité linguistique et sociale, ce qui expliquerait en partie l’échec scolaire massif. Voir nos lettres antérieures et notre article paru dans Synergies.

Nouvelles de l’Iran périphérique

Vous savez que presque la moitié de population iranienne n’est pas perse. Il s’agit de groupes très variés (Arabes, Kurdes, Turcs azéris, Baloutches ..) chiites ou sunnites (et dans ce dernier cas doublement opposants). Ils sont géographiquement dispersés, en général sur la périphérie du pays. Leur impossible unité ne met donc pas en péril le gouvernement central. Mais l’agitation est récurrente, les derniers incidents étant des émeutes à l’occasion du viol d’une jeune kurde et, à l’autre bout du pays, à l’occasion la répression de la contrebande locale (baloutche) de carburant à partir de l’Afghanistan, cette contrebande étant réservée aux « gardiens de la révolution » au pouvoir.

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