Nous vous proposons une formule d’été en images, cette fois sur l’Algérie, pour illustrer quelques-uns des multiples contrastes de ce pays.

À Notre-Dame d’Afrique, Alger

Concert exceptionnel du chanteur arabo-andalou Farid Khodja à la Basilique Notre Dame-d’Afrique d’Alger le 5 juillet 2015.
Photo El Watan

«Chanter de l’arabo-andalou dans cette basilique nous réconcilie avec nous-mêmes et nous réconcilie avec les autres religions. Nous vivons dans un monde où l’intolérance est reine. On veut qu’à travers la musique, on arrive à apaiser les esprits et installer un dialogue». A déclaré le chanteur après son spectacle, qui a imaginé ce projet lors d’un déjeuner avec Mgr Teissier. (El Watan du 7 juillet)

Pendant que dans un quartier voisin

Dessin du jour El Watan 7/7/2015

Les mauvaises nouvelles s’amoncellent sur le front du pétrole et exacerbent ainsi les craintes quant aux lourdes répercussions de la chute continue des prix du pétrole sur l’économie algérienne. Et pourtant, à part le fauteuil roulant du président, beaucoup d’Algériens ont l’impression d’un grand vide au sommet de l’État.

Rénovation de la place du 1er novembre (ex-place d’Armes) d’Oran

Rénovation de la Place d’Armes pour l’arrivée du tramway. Photo El Watan

Oran a longtemps été une ville espagnole, puis à grande majorité pied-noir (dont beaucoup de descendants d’Espagnols). C’est notamment le décor du livre de Camus « La peste ». En 1962, le massacre de plusieurs milliers d’Européens a accéléré les départs vers la France, mais l’architecture est toujours là.

Et la ville garde une personnalité distincte du reste du pays, notamment avec son journal La Liberté, dont voici une caricature :

Caricature de DILEM pour La Liberté

Connaissez-vous le Mzab ?

Saviez-vous que la Vallée du Mzab, ensemble d’oasis située à 600 km au sud d’Alger, au cœur du désert saharien, est mondialement connue pour son architecture et son système d’irrigation millénaire modernisé par les Français ? L’Unesco l’a promue « Patrimoine de l’humanité » et la vidéo qui suit vous permettra de comprendre pourquoi :

Le Mzab était depuis Xè siècle le refuge des ibadites berbérophones fuyant la future Algérie pour se réfugier en plein Sahara. Voici une vue de la ville de Ghardaïa, une des 7 villes du Mzab, et de son oasis :

Ghardaia, un panorama, par Daggett.fr
Carte issue du blog de Laurent Denant Boemont

Une précision pour les non géographes : les cartes semblent montrer que le Mzab est au cœur de l’Algérie.

En fait la quasi-totalité de la population de ce pays est très loin au nord. Nous sommes au Sahara et le rattachement tant du Mzab que des Touaregs, Berbères eux aussi, plus au sud, est un hasard de l’histoire coloniale : les frontières de l’Algérie, pays inventé par les Français, ont été tracées par ces derniers et englobent des peuples totalement étrangers aux populations de la côte méditerranéenne loin au nord. Mais, parce que les Africains tiennent au principe du maintien des frontières coloniales, et aussi parce que c’est là que se trouve le pétrole, les Algériens se sont persuadés que le Sahara est algérien… Je ne vais pas plus loin pour ne pas froisser mes amis de ce pays.

La fin du paradis : le Mzab à feu et à sang

Depuis l’indépendance, tout Algérien peut s’installer où il veut, et ce petit paradis a subi une forte immigration extérieure aux oasis, donc sunnite, arabophone et même particulièrement « arabe », puisqu’il s’agit souvent de Chaambas, se proclamant descendants de tribus arabes d’Égypte, tels les Bénis Hillal, qui ont ravagé le Maghreb pendant trois siècles. Résultat : ce refuge des Ibadites berbérophones s’est transformé en champ clos pour la possession des terres, des logements et des postes.

Photo Le Matin Algérie

Chez les Mzabites, il se dit, à tort ou à raison, que le pouvoir a favorisé « les Arabes ». Bref les deux communautés s’affrontent depuis les années 1970, avec une recrudescence depuis deux ans, entraînant des destructions et des victimes. Et bien sûr, quelques « barbus » originaires du Moyen-Orient ou financés par lui ont mis de l’huile sur le feu. Le pouvoir a tardivement envoyé la troupe mais cela ne résout pas le fond de la question.

Pour le reste de l’Algérie, c’est une illustration de l’incapacité du régime actuel à exercer sa mission de base de protection de l’ordre public. Ou, pire, de son indifférence envers ses propres citoyens.

Pour plus de détails sur ces troubles, citons un article algérien publié par Le Libre Penseur: Le Mzab à feu à sang  parmi de nombreux autres (Google : violences au Mzab) et un excellent article de Mustapha Sehimi dans l’Economiste (journal marocain), pour une vision de l’extérieur.

Yves Montenay
Echos du Monde Musulman n°263 – 26 juillet 2015

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