L’immigration n’était déjà pas très bien vue en France, sauf par certains économistes, et, pour des raisons presque opposées, par certains courants de gauche. Le terrorisme n’a rien arrangé. Mais les arbres du djihadisme et de l’assistanat ne doivent pas cacher la forêt, même si, étant libéral, je pense qu’il faut gérer autrement l’immigration.

Le « terreau du terrorisme et de l’assistanat » ?

Ces formules, et d’autres moins directes, mais limpides, envahissent Internet.

On rappelle avec insistance que les terroristes sont des musulmans de France et de Belgique, parfois entrés comme réfugiés avec de faux passeports syriens. Les musulmans sont donc tous suspects, et les centaines de milliers de réfugiés peuvent crever dans la neige pour éviter l’infiltration de quelques terroristes, qui trouveront d’autres moyens d’entrer.

Concernant l’assistanat, se multiplient les messages, souvent visiblement « bidonnés », décrivant des prestations sociales généreuses, parfois supérieures à celles dont bénéficient les « anciens résidents » (se voir attribuer un logement à Paris par exemple)… Bref : « profitons de l’argent de ces crétins de Français ». L’immigration est donc une charge, voire carrément un vol.

Si vous dites: « 20 à 30 % des actifs de telle origine sont chômeurs, contre 10 % pour le reste de la population », la réponse sera « ce sont des assistés ! ». Maintenant, dites : « 70 à 80 % travaillent », ce qui est exactement la même chose, et on vous traitera de menteur, voire de saboteur délibéré de la nation française. Bref on ricane à l’évocation de la formule « l’immigration, une chance pour la France »

Et pourtant …

Comment se sont construits et développés les États-Unis, et des dizaines d’autres pays ? D’abord par l’immigration européenne (comme la France jusque vers 1960) mais ensuite par une immigration extrêmement variée et culturellement très différente des premiers venus : quoi de plus étrange pour des protestants anglo-saxons de la fin du XIXe siècle qu’un Japonais, qu’un Sicilien catholique traditionaliste ou qu’un Russe orthodoxe, tous violents, superstitieux et en général analphabètes ? Et que serait aujourd’hui l’Allemagne où le nombre d’adultes décroît, sans les Turcs hier, les Italiens et les Yougoslaves aujourd’hui ?

Pour la millième fois, une étude de l’OCDE montre que les immigrants ne prennent pas le travail des autres et ne plombent pas les comptes sociaux. N’oubliez pas que les États-Unis avaient environ 5 millions d’habitants au début du XIXe siècle et en ont 320 aujourd’hui avec un taux de chômage très bas !

Un problème mal géré

Si l’immigration est en général souhaitable, il est exact que notre système actuel n’est pas satisfaisant. On laisse entrer des gens qui ne devraient pas venir et on ferme la porte à ceux dont on aurait besoin, mais qui ne rentrent pas dans une « case » prévue ; voir mon article « l’immigration, ça n’existe pas » , où vous trouverez des définitions et des chiffres. J’y constate que le terme « immigration » n’a pas de réalité concrète. Ce qui est concret sont les individus : un informaticien, une mère de famille, des élèves, des chômeurs et, exceptionnellement, des trafiquants et des terroristes.

Une solution libérale ?

Or ce n’est pas la catégorie administrative du migrant qui importe, mais ses qualités ou défauts personnels. Pour les connaître, il faut l’examiner individuellement, ce qui est hors de portée de toute administration. Qui pourrait le faire ? Un employeur potentiel, car ce que nous recherchons c’est une immigration de travail débloquant les goulots d’étranglement qui bloquent notre économie, du serveur de restaurant à l’informaticien. Et puis tout titulaire d’un emploi stable a une probabilité d’intégration, voire d’assimilation plus importante que celle d’un chômeur. Bref pourquoi ne pas confier une partie de la gestion de l’immigration aux chefs d’entreprise ? Ils se soucieraient de la personnalité et de la compétence plus que de  l’origine.  Ils pourraient aussi être une sorte de garant, par exemple en signant un contrat où ils s’engageraient à prendre certains problèmes en charge, par exemple le logement ou plus généralement le « pilotage », remplaçant ainsi certaines associations à mon avis contre-productives.

Alors on ne parlerait plus d’Africains, de musulmans, d’Asiatiques ou de regroupement familial, de réfugiés ou de tout autre catégorie, mais de manœuvre ou d’informaticien.

Malheureusement cette idée est très loin de notre tropisme administratif et égalitaire.

Yves Montenay

Merci au journal L’Opinion d’avoir relayé cette tribune sur leur site.

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