En novembre 2017, j’ai participé à Casablanca à un colloque sur la géopolitique des langues, largement consacré aux problèmes marocains. J’en ai profité pour enrichir ce que j’ai appris par des observations de terrain.

L’évolution des questions linguistiques : darija / arabe / français / anglais

La darija (arabe dialectal) et plus particulièrement celle de Casablanca, gagne du terrain au détriment de l’arabe standard dans les médias et dans les conversations à caractère officiel. Elle se rapproche de l’arabe standard quand on monte dans la hiérarchie sociale. Elle gagne également du terrain en milieu berbère. Elle est de plus en plus considérée comme la future langue nationale, « le marocain ». Les « biens lettrés » en arabe standard ou classique lui sont néanmoins opposés.

En savoir plus : La darija, enfant du triangle français – arabe – tamazigh (berbère).

Le français continue à s’enraciner, surtout grâce à l’enseignement général privé et à l’enseignement public professionnel. L’enseignement public général semble toujours aussi inefficace, et les parents continuent à le fuir pour le privé. Les écoles privées sont en grande majorité francophones, mais certaines sont maintenant anglophones et d’autres bilingues. Un milieu anglophone apparaît et des étudiants ayant étudié en anglais trouvent du travail dans des entreprises anglophones.

Divers textes officiels, de la constitution à plusieurs « plans d’action » prévoient une généralisation de l’enseignement des langues berbères, l’introduction du français dès la deuxième année du primaire, et de l’anglais à partir de la quatrième ou cinquième année, l’espagnol étant conseillé comme troisième langue dans le secondaire. Dans le secondaire, les sciences et la gestion passeraient de l’arabe au français (et non à anglais comme certains le demandaient).

Des modules en arabe devront être implantés dans l’enseignement supérieur scientifique, actuellement totalement en français

Tout cela serait très loin d’être réalisé, sauf l’introduction du français dans les sciences et la gestion dans le secondaire, qui avance mais est encore loin d’être généralisée. Tout ce qui touche au berbère (mot officiellement remplacé au Maghreb par tamazight) est très difficile à mettre en œuvre du fait de la variété de langues berbères au Maroc et de l’introduction du tifinagh (alphabet berbère du sud du Sahara, inconnu au Maroc jusqu’il y a une dizaine d’années), qui oblige les enfants à maîtriser trois alphabets !

Voici quelques autres observations relevées à cette occasion

Le foulard et l’ambiance politique

Le port du foulard a beaucoup progressé en quelques décennies, et est très général dans les milieux modestes et moyens, pour autant que l’on puisse en juger dans la rue. Il est nettement plus rare dans les quartiers bourgeois. « Chez Paul », la fameuse boulangerie-pâtisserie parisienne située dans un quartier chic, aucun foulard. À l’université Hassan II, les trois quarts des étudiantes le portent et environ la moitié des enseignantes. Rappelons que le parti islamiste vient d’être confirmé par les récentes législatives et dirigera, comme auparavant, un gouvernement de coalition, le roi, commandeur des croyants, gardant le dernier mot. La religion n’est donc toujours pas critiquable à haute voix, mais l’équilibre des pouvoirs semble empêcher trop de dérives.

Le décor urbain

Depuis de nombreuses années, il s’améliore progressivement que ce soit par de nouveaux immeubles ou la rénovation d’immeubles plus anciens, notamment ceux « art nouveau » de l’époque coloniale.

Le tramway a fait son apparition, mais est bloqué aux carrefours par les piétons, les vélos les voitures et camions qui ne respectent pas les feux. Les embouteillages sont par moment épouvantables. Il en résulte une pollution qui gâche une partie du paysage.

Yes Montenay

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