A droite, Fidel maintenant disparu, à gauche Raul, encore derrière la scène ?

Je ne crois pas à la mort de Fidel Castro car les dictateurs sont immortels !

C’est du moins ce que pensent les Cubains qui ont attendu la fin du cauchemar combien de décennies, pour constater que l’héritier est déjà en place et que ça va continuer. Raul, un peu « moins pire » que son frère Fidel, est bien installé, et on murmure que tel notable du parti nettement plus jeune est en train de bétonner la suite.

Comme Kim le nord-coréen, qui prolonge la dictature de son père, est encore jeune, je souhaite une longue patience à ses compatriotes ! Il a déjà fait ses preuves en fusillant son oncle et en faisant crever de faim son peuple.

Cette résilience des dictateurs, en général « révolutionnaires », est un mystère pour nous qui avons été élevés en démocratie libérale et nourris de mythes sur les révolutions libératrices. Mais le fait est là : la révolution engendre en général la dictature, et cette dernière a tendance à durer très longtemps. Demandez aux Russes, aux Algériens, aux Chinois, aux Éthiopiens, aux Érythréens et je m’arrête parce que j’en aurais pour deux pages !

Heureusement il y a quelques exceptions : Robespierre, que beaucoup admirent encore aujourd’hui, n’a pas eu de successeur du même style, et Hitler a été remplacé par une république libérale, mais il a fallu que l’ennemi détruise le pays pour y arriver !

Et le plus étonnant est que, comme pour Robespierre, il y a toujours des gens extrêmement sérieux et documentés pour nous montrer le bon côté du personnage : Sartre et Simone de Beauvoir ont chanté les louanges de Fidel Castro, et des décennies plus tard Danielle Mitterrand faisait de même malgré l’accumulation de témoignages de répression et de plongée dans la misère ! Quant à Che Guevara il n’a arrêté ses activités sanglantes que parce que Fidel s’est débarrassé de lui en l’envoyant se faire tuer dans la jungle bolivienne. Mais il reste immortel sur les casquettes et T-shirts !

Ho Chi Minh a réussi à cultiver la légende de « l’oncle Ho » attendri par les enfants, mais sa révolution a commencé par une répression massive et sanglante de la paysannerie vietnamienne et s’est continuée par une misère généralisée, masquée par la guerre contre le bien meilleur régime du Vietnam sud, accusé lui, de tous les maux, pourtant véniels par rapport à ceux du Nord. De même pour le régime de Batista renversé par Castro : dans les deux cas avez-vous lu une étude comparant les niveaux de vie et de liberté avant et après ? Les ex-admirateurs, qui le sont souvent encore un peu, sont très discrets sur ces points. Et peut-être Fidel, comme Ho Chi Minh, comme Mao, comme Lénine, comme longtemps Staline, aura-t-il son mausolée pieusement visité par les touristes et les enfants des écoles.

Mais tout cela est loin dans le temps et dans l’espace, et nous utilisons notre énergie à diaboliser nos candidats ou élus : François Fillon est catholique, autant dire salafiste, Nicolas Sarkozy avait le gros mot facile, quelle horreur ! Quant à François Hollande… chut ! Je ne veux pas désacraliser la fonction …

Yves Montenay

Publié initialement dans L’Opinion, le 29 novembre 2016

 

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