Le Monde paru ce 5 avril (et bien d’autres journaux), annonce la disparition à 92 ans de la sociologue féministe Evelyne Sullerot, et en donne une biographie que je voudrais compléter pour avoir travaillé avec elle pendant une quinzaine d’années à Population et Avenir, qu’elle a présidée au début des années 2000.

Je voudrais signaler en particulier la continuité de ses idées : elle militait pour que les femmes puissent avoir le nombre d’enfants qu’elles désirent, tout en pouvant choisir de travailler à l’extérieur (choix de la grande majorité) ou non.

Cela l’a amené dans un premier temps à fonder et à lancer le planning familial, les femmes ayant davantage d’enfants, ou plus rapprochés, qu’elles ne le souhaitaient.

Puis dans un deuxième temps, constatant qu’avec l’évolution sociale et la diffusion des moyens de contraception, les femmes avaient au contraire moins d’enfants qu’elles n’en désiraient, elle a milité pour que le travail les gêne le moins possible dans ce domaine. Cela tant matériellement (crèches, y compris en entreprise) que psychologiquement, pour éviter de tomber dans le travers allemand où, en caricaturant à peine, la belle-mère critique la mère qui « néglige les enfants parce qu’elle travaille », l’obligeant à rester à la maison ou à ne pas avoir d’enfant.

Elle a largement contribué à gagner cette bataille psychologique par ses très nombreux ouvrages et articles, dont le rapport sur « L’emploi des femmes et ses problèmes dans la CEE » (1968, à l’origine de la  directive européenne sur l’égalité), et celui rédigé avec Michel Godet : « La famille, Une affaire publique » 2005.

La France est ainsi l’un des rares pays où travail et maternité ne se contredisent pas trop et où la fécondité se maintient, ce qui tranche avec la situation catastrophique dans de nombreux autres pays, du Japon à l’Allemagne. Tout cela paraît maintenant naturel aux jeunes Françaises qui ignorent le nom d’Évelyne Sullerot, malgré son œuvre considérable.

Je voudrais aussi insister sur l’action internationale, notamment en Tunisie, de son association « Retravailler », les centres d’orientation professionnelle « retravailler » aidant les femmes à retrouver un emploi après les aléas de la vie.

A découvrir :
« L’orientation professionnelle des adultes : l’expérience de “retravailler » (1996)
« Ils avaient 15 ans en 1940 : Evelyne Sullerot, le fait féminin (France Culture, 2002)

Crédit photo : Evelyne Sullerot en 1987 Crédits : Ulf Andersen – AFP

 

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