« Camarades, les riches s’octroient des richesses et des revenus scandaleux et étalent leurs folies dans les médias, suscitant d’amères jalousies bien justifiées. Votons pour rabattre leur superbe, pour manifester notre hostilité et les rabaisser par la fiscalité. Les politiques seront bien obligés de vous suivre ». Vous avez reconnu le discours de notre belle gauche égalitariste !

C’est ainsi que nous avons tous entendu « La finance est notre ennemie », et vu s’abattre les taxes sur « les riches », particuliers ou entreprises. Conséquence : engager un salarié, voire garder un cadre supérieur, coûte plus cher en France et les entreprises émigrent. Bref, les emplois disparaissent. Et si un politique a le courage de faire partiellement machine arrière, le voilà accusé d’être vendu aux riches !

Les médias attisent la jalousie envers les riches

Pour les médias, la richesse fait vendre. L’orgueil de certains riches leur permet des reportages qui font rêver les uns, mais exaspèrent les autres.

Regardez les reportages sur Dubaï et ses dizaines de milliards de dollars pour ses gratte-ciels de luxe et ses pistes de ski sous un soleil à 50°. C’est bien sûr réservé à une clientèle pouvant s’offrir tout cela, en faisant flamber sa carte de crédit. Regardez les quelques millions d’euros de salaire d’une poignée de grands patrons français : une honte, dit-on ; mais si c’est pour un footballeur, bravo !

Vous les entendez à nouveau : « Camarades, remettons un peu de justice là-dedans ! Gardons l’ISF qui est un bon impôt puisqu’il est payé les autres. L’impôt sur le revenu aussi : il est excellent que les 2 % de riches payent 40 % de l’impôt. Pourquoi leur faire des cadeaux ? Et un peu de moralité voyons ! Une de nos ministres a gagné 1 million d’euros en vendant son option d’achat d’actions de son employeur, au moment où le cours avait monté, suite à des licenciements boursiers ».

Le cercle vicieux de la jalousie et des médias débouche sur le chômage

Les hommes politiques ne peuvent rester indifférents à l’opinion publique. Il faut faire chorus avec les électeurs. Jacques Chirac estime avoir été battu en 1988 parce qu’il avait supprimé l’ISF. Il a juré qu’on ne l’y reprendrait pas et il a été plus tard élu et réélu. Donc, haro sur les riches ! Surtout quand on est candidat, car après, ça se complique…

En effet, la réalité vous rattrape. Vous voulez par exemple être jugé sur le chômage ? Aïe, les riches sont aussi des employeurs. Directement, ou via leurs fournisseurs. Si on les appauvrit, ils dépensent moins ou, pire, émigrent. L’égalité y gagne mais le chômage aussi. De plus ils sont également contribuables, massivement nous l’avons vu (IR, ISF…). Qui va payer à leur place ?

C’est alors que la jalousie génère l’ignorance, car se met en place un cercle vicieux.  Ceux qui estiment que la richesse est injuste et ne connaissent pas son rôle de création de l’emploi sont confortés dans leur opinion par leurs médias habituels, lesquels entretiennent ainsi un lectorat fidèle. Et dans une certaine mesure, les programmes scolaires y contribuent aussi, et ils sont peut-être le plus puissant des médias, surtout lorsqu’ils sont relayés par la conviction des enseignants. On retombe ainsi sur le bizarre enseignement de l’économie dans l’enseignement secondaire.

L’ignorance du fonctionnement du monde

Le monde est dur et inégalitaire. Mais le monde dans lequel nous sommes plongés, en gros capitaliste et partiellement libéral, est moins inégalitaire que les autres. Ailleurs, les autocrates de toute tendance politique cultivent la misère et des inégalités encore plus profondes, et pas seulement financières. Ce sont des pays fermés, alors que notre monde est ouvert. Cette ouverture est nécessaire au maintien voire au progrès du niveau de vie mais génère une contrainte incontournable : s’aligner sur les autres pays, notamment pour ce qui concerne la génération de revenus et la fiscalité.

D’ailleurs les pays occidentaux qui ont oublié cela ont vu fuir leurs élites et ont dû faire brutalement machine arrière : ce fut le cas de la Grande-Bretagne des années 1970 où la France voyait arriver ceux qui fuyaient le matraquage fiscal. Personnellement, j’ai alors retrouvé ces Britanniques au Moyen-Orient, réduits à concurrencer les Libanais et Palestiniens sur le marché du travail local, à un salaire très inférieur à celui des Français ou des Américains. Ces Britanniques élirent Margaret Thatcher qui sabra les impôts et fit repasser devant nous une Grande-Bretagne que nous avions largement dépassée. De même, la Suède dut réduire sa fiscalité lorsqu’elle vit ses élites s’expatrier.

Mais tout cela est mal connu, notamment du fait de médias. Certes, on sait que des centaines de milliers de français, peut-être de millions, peuplent maintenant Londres, Bruxelles, Montréal, Boston, Singapour, Hong Kong et le monde entier. Il s’agit d’employeurs, de leurs cadres supérieurs et des emplois rattachés. Cette fuite a été accélérée par les mesures de 2012, première année du quinquennat Hollande : hauts revenus et plus-values taxés jusqu’à 75 % et l’éphémère taxe de 85 % sur les revenus annuels de plus d’un million d’euros. La masse de nos compatriotes n’a alors pas été consciente de la dégradation de l’image de la France à l’étranger, leurs médias français leur disant alors seulement qu’il fallait prendre l’argent « là où il est », et la jalousie faisant le reste.

Et il n’y a pas que la fiscalité qui fait fuir: être bien considéré à l’étranger, et non plus jalousé en France, joue également. Quant aux Français de classe moyenne, les plus qualifiés ou les plus dynamiques partent également, car l’emploi est là où vont les employeurs. Ces Français-là manquent à la France, car nos entreprises n’arrivent pas à trouver les centaines de milliers de personnes dont elles ont besoin pour se développer, ce qui pénalise ceux qui sont restés. Mais le grand public ne fait pas le lien entre émigration et montée du chômage. Le sentiment spontané serait plutôt inverse : « moins il y a de monde, plus on a de chance de se faire embaucher » … en oubliant qu’il n’y aura plus d’embauches faute de clients.

Quant aux « licenciements boursiers », c’est une formule journalistique destinée à nourrir l’hostilité. On n’explique pas que les « gros actionnaires » tant honnis sont souvent des fonds de pension, dont le travail est de sauvegarder les petites retraites des Américains et des Britanniques. Pourquoi appauvrir leurs mandants retraités en tolérant qu’une entreprise française « mange » une partie de leurs retraites en soutenant une entreprise française déficitaire ? L’étranger nous confie son argent, nous devons l’utiliser sérieusement.

Qu’importe ce que gagne ou paie en impôts, celui qui apporte l’emploi !

En conclusion, cessons d’appeler iniquité, inégalité ou injustice ce qui n’est que de la jalousie : qu’importe ce que gagne ou ce que paie comme impôt celui qui apporte l’emploi ! Et cette jalousie est d’autant moins justifiée que je la vois venir de gens ayant un emploi garanti.

Tout gouvernement sérieux doit empêcher le France de se vider, essayer de faire revenir certains expatriés, ne pas décourager les investisseurs et cadres étrangers. La réforme annoncée de l’ISF est un premier pas, et plus généralement l’alignement sur l’étranger de la taxation du capital et de ses revenus, ainsi que de l’impôt sur les sociétés.

Ceux que ça heurte doivent penser à leurs compatriotes chômeurs. Mais certains préfèrent préparer une révolution nous coupant du monde : qu’ils en examinent bien les résultats chez ceux qui ont essayé !

Yves Montenay

A lire également :

Emigration : chut, la France se vide

La France perd ses entreprises mais aussi ses hommes (Les Echos)

Pourquoi les Français n’aiment pas les riches (Contrepoints)

 

 

 

 

 

 

Publicités