Poutine, Erdoğan et Xi se poussent du col pour reconstituer les empires russe, ottoman et chinois.  ils tentent de profiter du vide relatif laissé par les Etats-Unis, qui semblent déjà reculer sur la scène internationale, en particulier sur le terrain syrien.

Poutine, chef de guerre et mauvais gestionnaire

Vladimir Poutine affiche sa force, ses pectoraux, son aviation, ses forces spéciales. Il annexe la Crimée , donne des armes et des troupes aux séparatistes ukrainiens, sauve Bachar al-Assad et devient incontournable en Syrie pour les Américains. Le rêve ! Son opinion publique se pâme.

Mais personne ne se demande pourquoi la puissante armée russe, aidée par la non moins puissante armée iranienne et par le Hezbollah n’arrive pas à vaincre les terroristes, dont le groupe EI. Le rejet de Bachar al-Assad par la majorité sunnite a visiblement été sous-évalué. Il est vrai que protéger l’oppresseur et le massacreur de son propre peuple n’est pas le principal souci de notre candidat empereur.

Par ailleurs, son économie est en piteux état , tant conjoncturellement, du fait de la baisse des cours du pétrole, que structurellement, car diriger découle des faveurs du prince et non de la bonne gestion. Il vaut mieux se positionner dans les circuits de la rente que d’innover.

Le risque, c’est bon pour les investisseurs occidentaux, mais gare à ceux qui voudraient concurrencer les oligarques ! Peu importe l’économie : le peuple russe a l’habitude de souffrir, et d’ailleurs n’a pas son mot à dire. De toute façon, il se nourrit de la gloire du chef. Pour l’instant du moins.

Erdogan, le Poutine turc ?

Recep Tayyip Erdogan, le président turc est dans une situation analogue : l’économie faiblit, il envoie ses chars en Syrie, piétine les Américains qui aident les Kurdes à combattre l’EI. Toutefois, la Turquie est plus démocratique que la Russie et son économie de marché dépend en principe moins des caprices du sommet.

Sauf quand ledit sommet se met à envoyer les compétences en prison par dizaines de milliers. Là aussi, on se nourrit pour l’instant de la gloire du chef, mais attendons la suite…

Xi Jinping, le plus puissant

Et Xi Jinping, le nouvel empereur ? C’est bien sûr le plus puissant, mais le parallélisme est frappant : une économie où le dopage aux investissements finit par ne plus jouer, les vraiment utiles étant largement terminés, et les autres permettant l’enrichissement des princes rouges.

La conscience des immenses inégalités de pouvoir et d’argent s’ajoute au vif mécontentement d’une pollution étouffante. D’où le dérivatif des provocations nationalistes au détriment des voisins en principe protégés par les Américains : Philippines et autres riverains de la mer de Chine du Sud, Formose et Japon. Au détriment aussi des minorités tibétaines et ouïgoures.

L’empereur Xi vient d’inviter ses 19 homologues au G20, après avoir fermé les usines polluantes de la région le temps du sommet et écarté tous les gêneurs potentiels. Acte manqué probablement involontaire, mais symbolique : Obama n’a pas eu droit au tapis rouge contrairement aux autres dirigeants !

Je ne sous-estime pas la Chine, dont une partie de l’économie collectionne les audaces et parfois les succès, comme la robotisation à outrance ou le chiffrage quantique. Il est normal que ce pays qui regroupe 22 % de la planète y ait une place assez large.

Obama, le plus prudent

Reprendre le trône de l’Empire du Milieu, redevenir l’empereur de toutes les Russies ou le nouveau sultan de l’Empire ottoman nécessite de partir de base solides avant de penser qu’un effacement américain, qui tient en partie à la personnalité du président actuel, permet toutes les audaces sans risque.

Nos trois candidats empereurs ne confondent-ils pas d’ailleurs le relatif effacement de Barack Obama avec celui des États-Unis ? Ils évoquent sa reculade lorsque Bachar al-Assad a franchi la ligne rouge américaine en gazant son propre peuple. On sent bien que l’actuel président veut éviter de retomber dans un guêpier comme l’Afghanistan ou l’Irak alors que nos trois candidats n’ont pas la même prudence ni la même horreur de la violence. Mais que fera le prochain président américain ?

Yves Montenay

Merci au Cercle Les Echos d’avoir repris  cette tribune sur leur site.

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