Le président Macron doit à la fois respecter immédiatement ses promesses fiscales et payer l’ardoise laissée par François Hollande, d’où son casse-tête budgétaire. Voici deux pistes, une relative à la défense et l’autre aux économies de fond. Le sujet n’est pas nouveau mais il faut rappeler le rôle important qu’y joue l’Allemagne pour l’équilibre européen et mondial.

Le casse-tête budgétaire

Fin juin, la Cour des Comptes publiait son audit sur la situation des finances publiques et dénonçait les 3,2 % du PIB de déficit pour 2017. L’ardoise laissée par François Hollande oblige à réaliser 4,5 milliards d’économies pour respecter nos engagements européens en matière de déficit budgétaire, ou tout simplement pour être sérieux, indépendamment de cet engagement.

Dans ce contexte, le ministère des Armées doit réaliser 850 millions d’euros d’économies. Or les opérations extérieures, notamment au Sahel, sont menées avec un matériel hors d’âge et une grande pénurie de moyens du fait des restrictions budgétaires répétées chaque année. Ces restrictions vont peser sur le seul poste ajustable, celui des équipements et munitions. Cette coupe supplémentaire a fait démissionner Pierre de Villiers, le chef d’état-major des armées.

Comment sortir de ce casse-tête ?

Aider la France à défendre l’Europe

La France supporte seule le coût de ces opérations de protection de l’Europe. Il est grand temps que l’Allemagne y contribue, l’idéal serait même l’Union Européenne, mais il lui faudra des années pour se décider ! Or on sait que les Allemands, comme nos autres voisins Européens, ont des dépenses militaires relativement faibles. Par ailleurs les partenaires de l’Allemagne ne lui demandent qu’une partie de ses surplus qui déséquilibrent le système mondial servant à financer des investissements, idée que l’Allemagne commence maintenant à accepter.

Or n’y a-t-il pas un investissement plus urgent et plus important que d’assurer la sécurité de la rive sud de l’Europe ? On ne rappellera jamais assez que ce sont des mafias de passeurs qui encouragent les migrants à aller vers le nord, puis les dépouillent avant de les envoyer à la mer dans les conditions que l’on sait. Et par-dessus tout, que les djihadistes se lancent à l’assaut des pays du Sahel pour les transformer en États terroristes qui s’attaqueront au Maghreb et à l’Europe.

L’Allemagne devrait donc nous permettre de sortir de notre casse-tête budgétaire en finançant du matériel pour le Sahel, voire en y envoyant des hommes.

Soulager la France en Afrique

Dans le même esprit, un appui européen immédiat au développement de l’Afrique sahélienne nous aiderait à sortir du dilemme de l’aide au développement, que nous avions promis d’augmenter, mais que nous allons devoir réduire pour des raisons budgétaires. L’Allemagne commence à s’intéresser à l’Afrique, prenant conscience des conséquences migratoires, et si elle y dédiait plus de crédits militaires et de développement cela soulagerait grandement le budget français.

De notre côté avons-nous vraiment besoin d’aider les pays non francophones plutôt que ceux du Sahel ? Certes nos entreprises nous poussent vers des pays anglophones (Kenya, NIgéria, Afrique du Sud)  jugés « plus intéressants », mais la priorité de l’aide devrait être la même que pour le militaire.

Voici donc un premier usage rationnel de l’excédent allemand, dans l’intérêt même de l’Allemagne, et qui permettrait d’éviter de réduire encore notre budget militaire de 850 millions, voire si possible de l’augmenter.

« Donnant-donnant » : de l’aide contre des réformes

L’Allemagne nous aiderait d’autant plus volontiers que nous mettrions enfin en œuvre les réformes qu’elle nous demande avec insistance. Elle voudrait que nous nous inspirions de son propre redressement du début des années 2000. Ou que nous imitions les nombreux pays, du Canada à la Nouvelle-Zélande, qui ont redressé rapidement une situation budgétaire aussi mauvaise que la nôtre. Ils y sont parvenus en revoyant profondément les missions de l’État, le statut des fonctionnaires et en mettant en œuvre des réformes jusqu’alors « impensables » chez eux comme chez nous.

En effet, comme l’a dit le président du Sénat, les mesures d’économie envisagées aujourd’hui sont « du rabotage », c’est-à-dire diminuent un peu de tout partout, au lieu de réorganiser les grandes masses. Par exemple redistribuer le travail dans la fonction publique, plutôt que d’en raboter les salaires, implique un abandon du sacrosaint statut, ou du moins la disparition des « corps » qui freinent considérablement la mobilité, donc l’évolution des tâches. Il faudrait rationaliser sévèrement également l’audiovisuel public ou le faire disparaître, avec ses « intermittents ». Autre réforme indispensable : simplifier réellement le millefeuille territorial et diminuer corrélativement les versements dont il bénéficie. Et par-dessus tout, travailler bien après 62 ans !

La nouvelle équipe ne semble pas avoir de blocage idéologique, mais n’a peut-être pas mesuré l’ampleur des succès étrangers. Certes il faut du temps pour la conception puis l’exécution de ces mesures, et ensuite pour qu’elles fassent sentir leurs effets. Raison de plus pour s’y lancer dès maintenant. Pourquoi pas un grand discours franco-allemand : « Nous vous aiderons en Afrique, mais soyez hardis en France ! »

Yves Montenay

Sur le même thème : l’article publié dans Le Cercle Les Echos dont Yves Montenay est un contributeur extérieur régulier depuis 2010.

Publicités